Avec : Sarah Michelle Gellar, Jason Behr, Grace Zabriskie, Bill Pullman, Ishibashi Ryo, Maki Yoko, Ozeki Yuya, Fuji Takako, Matsuyama Takashi, Morishita Yoshiyuki
Tokyo, une maison hantée, des spectres vengeurs, un jeu de massacre annoncé, une cage d'escalier terrifiante...enfin bref, vous commencez certainement à
connaitre la chanson...
Shimizu est quand même un bonhomme extraordinaire, je sais pas, peut être cherche-t-il à établir un record quelconque en étant le premier réalisateur à faire et refaire le plus grand
nombre de fois le même film...
On se souvient ainsi de ses premiers pas pour la télévision nippone (deux téléfilms tournés en 2000), puis des remakes pour le grand écran. Voici donc maintenant le remake américain des remakes
japonais que Shimizu ne laisse à personne d'autre le soin de réaliser. Et d'autres films sont prévus. On aura tout vu...
Alors bien évidemment, ici le film est légèrement adapté pour le public américain : les héros sont de fidèles serviteurs de l'Oncle Sam perdus en territoire hostile (le Japon) car très
compliqué pour eux. Donc Shimizu ne change pas tant de détails que ça, il intègre simplement quelques clichés stupides pour faire comprendre aux américains que le Japon c'est très différent des
Etats-Unis : on a ainsi droit à un gros plan éculé sur les milliers de passants qui se déversent dans les immenses carrefours de Shinjuku, on nous fait comprendre que le métro à Tokyo et bien
c'est très compliqué (en particulier pour les blondes), on nous montre un américain qui oublie de se déchausser (ça c'était vraiment indispensable au récit) ou encore une bouseuse qui ne
connait pas les bols de nouilles instantanées (alors elle, j'ai crié victoire lorsqu'elle s'est faite gober par le fantôme).
Au rythme où va Shimizu, il pourra bientôt tourner ses films les yeux fermés, puisqu'il les connaitra par cœur ! De fait, ses films sont assez réussis, et c'est le cas de THE GRUDGE : à force
de répéter ses gammes, Shimizu les maitrise chaque jour d'avantage. Mais très franchement, ça sert à quoi ? Refaire sans cesse le même film, en injectant au compte gouttes quelques nouveaux
éléments et des moyens supplémentaires...n'importe quel réalisateur, après avoir fait cinq ou six fois le même film (ou pas loin), arriverait comme Shimizu à maitriser un minimum son sujet (y'a
que Lelouch qui n'y arrive pas). Si au final ça l'amuse, tant mieux pour lui, mais les spectateurs ne le suivront pas indéfiniment. Sauf peut-être s'il a l'idée géniale d'adapter son film à
tous les pays : pourquoi pas une version française, dans une obscure maison de campagne, avec un héros qui roule en 2-chevaux et une baguette de pain constamment coincée sous le bras ? Et une
histoire les pieds dans l'eau, avec du sable, des palmiers, aux Caraïbes par exemple, ce serait sympa...en plus, ça ferait du bien au petit Toshio, parce que je lui trouve le teint un brin
cadavérique ces derniers temps...
D'ailleurs, cette volonté de faire franchir les frontières au classique Kaidan japonais, ne transpirait-elle pas du film à sketch DARK TALES OF JAPAN, sorti en 2005 ? Shimizu Takashi y
réalisait un segment intitulé BLONDE KAIDAN, et faisait migrer les thèmes et fantômes japonais à Los Angeles. Cela veut-il dire qu'après avoir massacré des américains à Tokyo dans THE GRUDGE,
Shimizu aurait l'intention de massacrer durablement des américains directement chez eux ? Et bien oui car la suite du film me donnera raison !
Bon, alors voilà, vous l'aurez compris, THE GRUDGE est effectivement bien fait (il fait peur, Shimizu est un spécialiste du genre) mais il ne sert à rien, strictement à rien. Il n'apporte rien
de productif par rapport aux films japonais : la trame du récit est toujours aussi atypique (mais beaucoup moins alambiquée, normal c'est pour les USA), le scénario est également toujours
construit en forme de subtile jeu de massacre et les lieux et effets sont sensiblement les mêmes (la maison hantée, le petit Toshio, la cage d'escalier terrifiante, etc.). La fin diffère
légèrement, mais ça ne révolutionne pas non plus ce remake.
Petits détails qui n'apportent pas grand chose mais c'est juste histoire de vous permettre de la ramener lors de soirées mondaines : après les deux JU-ON japonais, c'est toujours Ozeki Yuya qui
interprète le petit Toshio dans le remake américain (le pauvre, j'espère qu'il ne tournera pas comme Linda Blair). Quant à l'actrice Fuji Takako qui est elle aussi présente dans THE GRUDGE,
elle incarne fidèlement son personnage de spectre vengeur depuis les téléfilms japonais. Avec ce film-ci, cela fait donc la cinquième fois qu'elle rempile dans son rôle de dégénérée de
l'angoisse. Et ce n'est pas fini : le père de famille, l'acteur Matsuyama Takashi, jouait également ce même rôle dans les téléfilms et dans le premier JU-ON. Vous voyez, le cinéma c'est beau
parfois, un peu comme une jolie histoire de famille (avec un amas de tripes autour, certes).
THE GRUDGE est donc un film très bien réalisé, qui plaira aux néophytes (bien que j'encourage plutôt ceux-ci à découvrir les films japonais), mais qui confortera les détracteurs des remakes de
films aussi récents sur leurs positions.
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